Se contenter ou ne pas se contenter d’une solution par défaut?

À un certain point dans nos vies, ce que l’on veut retirer d’un travail devient clair. Les choses se compliquent quand nous cherchons une manière de justement l’obtenir.

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Des écouteurs sur ses oreilles, Mohamed remplissait une ligne de code après l’autre. Comme le café sur son bureau, plus la journée passait, plus il devenait froid au fait de « donner son meilleur à faire ce pourquoi quelqu’un le payait ». Ça se produisait à chaque jour qu’il s’asseyait dans la chaise dans laquelle il était maintenant.

Ce n’est pas le travail en soi qui n’était pas intéressant. Comme analyste de données, il aimait avoir à trouver des manières de « faire que les choses marchent ». Que des problèmes deviennent moins des problèmes.

Ce matin-là, ce qui l’a sorti de son ennui c’est un “ping” clair dans ses oreilles. Quelqu’un lui avait envoyé un message. En quelques clics, il a compris le but du message. Il en avait reçu des semblables, au moins un par semaine, dernièrement.

Ces messages semblaient tous être écrits à partir du même modèle. « Bonjour. Mon nom est _____. Je suis présentement à la recherche d’un analyste de données pour combler un poste permanent. L’entreprise pour laquelle je fais cette recherche est un leader dans son marché. Elle offre une variété de produits et solutions informatiques à (…) ». Le recruteur terminait habituellement son courriel avec quelque chose du style « Seriez-vous intéressés à rencontrer _____ pour une entrevue? »

Aucune question pour apprendre qu’est-ce que Mohammed aimait le plus dans son travail. Quelle habileté ou expérience il jugeait qu’elle serait peut-être mieux utilisée, dans une autre entreprise. Pas de questions, non plus, sur le type d’environnement de travail qu’il aimait.

Différents sujets qui auraient pu facilement être utilisés pour démarrer une sorte de « discussion en ligne » entre Mohamed et le recruteur.

À chaque fois qu’il recevait ce genre de courriels, Mohamed vivait le même genre de « haut » et de « bas ». Aujourd’hui ne faisait pas exception. En premier, un « Yess! » d’excitation. « J’ai reçu une nouvelle offre! Excellent! » Ensuite un « Ahh » de déception.

Le même genre de « hauts » et « bas » qu’il se rappelait avoir eu la veille. En regardant, de bas en haut, les listes sans fin d’emplois qu’il a trouvé sur internet. À quelques reprises il a cliqué sur une annonce. En souhaitant pouvoir trouver quelque chose, là, pour être inspiré.

Autant les offres des recruteurs étaient formatées et pas très inspirantes, autant les réponses de Mohammed sont devenues formatées elles aussi. « Merci de votre intérêt et de l’offre. L’emploi est situé où? Ça paie combien? »

« Où? » et « Ça paie combien? » sont devenues les questions qu’il posait automatiquement. « Des fois, je vais aussi demander s’il y a des avantages sociaux, ou s’il y a des possibilités d’avancement. Si j’applique. Mais ça dépend. »

La vérité c’est que Mohamed ne regarde pas pour de l’inspiration parce qu’il travaille dans une industrie « hautement créative », comme les jeux vidéos. Ou il n’a pas un « esprit créatif qui est affamé » dans le fond de la tête. Mohamed fait ça parce qu’il ne peut pas trouver une réponse satisfaisante à « C’est quoi le but de faire tout ce travail, ici, pour cette compagnie? »

Quand nous ne pouvons trouver quelque chose de satisfaisant ou à notre goût, nous choisissons souvent une solution par défaut, par dépit. « Ça va faire l’affaire, en attendant. » Que ce « par défaut » soit un emploi plus près de la maison, un chèque de paie plus gros ou d’autre chose.

Le problème c’est « qu’en attendant » dure souvent plus longtemps que nous l’avions imaginé, aussi.

Quand ça se produit, peu importe ce que nous avons choisis comme « solution temporaire » ou « backup » arrête « de faire son travail ». C’est-à-dire de nous faire patiemment attendre ce que nous recherchons vraiment, et souhaitons qu’il soit bientôt disponible. Comme « un raison claire pour laquelle le travail qu’il fait est utile » pour Mohamed.

Nous avons tous été insatisfaits à un moment ou un autre dans nos vies. Vous le savez aussi bien que moi qu’il n’y pas vraiment de limite à tout ce que des personnes insatisfaites peuvent trouver comme « solutions par défaut ».

« Si je ne peux pas trouver une utilité à mon travail, peut être qu’un chèque de paie plus gros pourrait faire l’affaire… en attendant » « Si je ne peux pas avoir le plus gros chèque, peut-être que regarder des séries télé complètes sur Netflix pourrait m’aider à oublier ce avec quoi je dois ‘dealer’ au travail » « Si je ne peux pas regarder Nextflix, peut-être que … ».

De différentes manières, elles ressemblent toutes à une sorte de compensation. Un paiement, un « retour sur l’investissement » pour tout les temps et les énergies que nous dépensons en attendant ce que nous recherchons vraiment.

L’attente, si trop longue, peut pousser les personnes les plus patientes à prendre la décision de lancer la serviette.

Une décision encore plus dure est celle de ne pas « se contenter de » et « se limiter à » une solution par défaut. Mais plutôt de continuer à regarder pour ce que nous voulions dès le départ.

Parce qu’au moins, le fait de chercher nous permet de continuer à se rapprocher de notre but. « Se contenter de » ou « lancer la serviette »? Pas vraiment.

P.S. Vous avez la capacité « d’avoir un impact dans la vie des autres ». Prouvez à vos doutes qu’ils ont tort.

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Crédits photo: Ruiwen Chua

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